17 Octobre 2014

Communique de Presse 2009

Communiqué de Presse concernant le papier GRL par Fullekrug et al. (2009)

Est ce que les astronautes peuvent écouter BBC radio 4 ?

D'après une nouvelle étude, la réponse est oui, "mais les astronautes ont besoin d'un récepteur radio très sensible" dit Dr. Martin Fullekrug de l'Université de Bath qui a conduit le travail qui vient d'être publié dans Geophysical Research Letters. La revue annonce que 0.01 % de la puissance émise par un émetteur de navigation maritime peut être reçu à bord d'un satellite à une altitude de 660 km ou avec un récepteur au sol à une distance de 8000 km.

"La difficulté est de recevoir une onde radio d'une longueur d'onde de 3 km à travers l'atmosphère supérieure qui est ionisée" explique le Docteur Ivan Astin, qui est familier avec cette théorie. Il ajoute que "même si les équations de Appleton-Hartree-Lassen ont prédit la propagation transionosphérique de ces ondes radio longues il y a 80 ans, les nouvelles technologies permettent seulement d'en apporter la preuve maintenant". Pendant ces dernières décennies, l'ionosphère était considérée comme une barrière infranchissable pour des ondes radio allant de 300 m à 6 km : Les ondes radio provenant de l'atmosphère terrestre ne pouvaient s'échapper dans l'espace et inversement les ondes radio provenant de l'espace ne pouvaient pas pénétrer dans l'atmosphère terrestre.

"Ces nouveaux résultats montrent que les théories imprimées dans les livres sont souvent simplifiées et qu'elles doivent être constamment révisées" suggère le Professeur Cathryn Mitchell qui travaille dans le bureau à coté du Dr. Fullekrug. Dr. Fullekrug note que "cette découverte était fortuite et complètement imprévue". Il a développé avec ses collègues Robert Watson et Mike Thomas un récepteur radio très sensible pour un projet R & T afin de mesurer les faibles signaux provenant de certains éclairs d'orage qui ont lieu au dessus des nuages et qui s'étendent jusqu'à 80 km de hauteur. Michel Parrot, qui travaille au CNRS dans un laboratoire de sciences spatiales, a développé indépendamment des récepteurs radio identiques pour mesurer de possibles signaux électromagnétiques provenant des tremblements de terre à bord du satellite DEMETER qui a été lancé par le CNES en juin 2004. Les deux scientifiques se sont rencontrés lors d'une conférence en Corse l'année dernière et ont réalisé qu'ils pouvaient mettre en évidence ce phénomène en comparant leurs mesures des signaux provenant des émetteurs radio. En fait, le satellite français détecte aussi les signaux radio de BBC radio 4, France Inter et beaucoup d'autres émetteurs grandes ondes.

Le directeur du Department for Electronic and Electrical Engineering à l'Université de Bath, le Professeur Nicholas Mitchell est tout à fait enchanté de ces résultats excitants car le développement technologique correspondant a été co-financé par seulement une petite partie de ses propres fonds. Les chercheurs discutent maintenant avec leurs partenaires industriels la possibilité de commercialiser cette nouvelle technologie. "Ce succès n'aurait pas été possible sans le soutien enthousiaste de nos collègues des départements R & T de Chronos, Navsync, Cranberry, et National Instruments" explique le Dr. Fullekrug. Mais il va peut être manquer de temps pour la commercialisation des instruments car ses nouveaux amis Français désirent le prendre comme investigateur invité pour le nouveau satellite TARANIS. "Je suis très honoré que l'on m'offre cette unique occasion de participer à une mission spatiale internationale" dit-il, "mais j'espère que cette responsabilité me permettra aussi de poursuivre plus profondément cette nouvelle recherche qui est mal connue et qui promet de nouvelles découvertes".

L'enjeu est important. Si une onde radio peut s'échapper dans l'espace, une onde radio venant de l'espace peut aussi pénétrer dans l'atmosphère terrestre. Ce faible signal peut être recueilli par un réseau de récepteurs radio au sol. "Cette nouvelle expérience peut repousser les frontières du savoir en radio-astronomie de plusieurs ordres de grandeur" rêve le Dr. Fullekrug "et de nouvelles découvertes sont garanties avec seulement une amélioration d'un ordre de grandeur" ajoute-t-il. Mais la réalisation de ces plans ambitieux peut prendre beaucoup de temps. En attendant, les directeurs des programmes de BBC radio 4 peuvent chercher quels types d'émissions intéresseront les futures colonies humaines dans l'espace.

Les émetteurs de BBC radio 4 à Droitwich, Westerglen, et Burghead (les points noirs sur la figure) peuvent être écoutés dans l'espace à une altitude de 660 km par le satellite DEMETER du CNES. Les champs électriques mesurés par le satellite sont aussi petits que 0.000001 V/m. L'observation de ces champs électriques est déplacée vers le sud de 400 km à cause de la propagation des ondes le long du champ magnétique à travers la haute atmosphère ionisée.